Amiante à Jarry : les gravats viennent de loin, comme l’électricité
Une benne de gravats suspecte a été identifiée sur la zone de Jarry. La préfecture assure que la traçabilité sera établie par facture. Personne, en revanche, ne sait où sont passées les factures.

C’est un tas. Un tas gris, haut comme un container, posé depuis plusieurs semaines sur un terrain vague de la zone industrielle de Jarry. À l’œil, précise une source technique, il s’agit de « gravats, sans doute, ou de quelque chose qui leur ressemble beaucoup ». Des analyses sont en cours, ainsi que des recherches sur l’origine du tas, confiées à un service dont le nom n’a pas été communiqué mais qui, assure-t-on, « existe ».
Le dossier a pris une dimension politique lorsque plusieurs agents ont fait état de fragments fibreux, « d’aspect ancien », dans les prélèvements. La préfecture a immédiatement rappelé la doctrine en vigueur : toute suspicion se traite par traçabilité documentaire. Chaque gravat devra donc être rattaché à une facture, laquelle désignera un transporteur, lequel désignera un chantier, lequel désignera un maître d’ouvrage. « C’est la méthode allemande », a précisé un cadre jamais allé en Allemagne.
Problème : les factures en question auraient été rangées « dans un endroit sûr ». Trois services se renvoient l’emplacement : la comptabilité parle d’un carton scellé, la logistique d’une armoire dans un couloir, l’accueil d’un placard « avec les piles et les câbles ». Une réunion de deux heures a permis d’établir un consensus : le carton est bien à l’intérieur du bâtiment, à condition que le bâtiment soit celui auquel tout le monde pense.
En attendant, la benne reste sur place et devient, malgré elle, un point d’intérêt local. Des riverains la photographient. Un chauffeur de taxi a proposé d’en faire un arrêt de sa tournée, avant d’être rappelé à l’ordre par une circulaire qui interdit toute valorisation touristique d’un déchet en cours de qualification. Un panneau « ne pas déposer de gravats » a été apposé sur la benne elle-même, ce qui pose une question philosophique sur la nature exacte de l’objet.
La collectivité annonce pour la semaine prochaine la mise en place d’une « traçabilité par facture », dispositif qui consiste à exiger de chaque gravat qu’il présente son justificatif d’achat. Les gravats n’ayant pas répondu aux convocations, un nouveau calendrier sera publié. Il sera, comme l’électricité de la centrale voisine, d’origine lointaine et de durée indéterminée.



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