Politique

Graphie créole à la mairie : le premier arrêté officiel reste intraduisible

6 novembre 2026 à 07h08 · Rédaction Farce Antilles

La commune adopte une graphie créole officielle pour l’ensemble de ses documents. Le premier arrêté est déjà affiché, appliqué et respecté. Il reste seulement à trouver quelqu’un capable de le lire.

Comptoir d’accueil d’une mairie avec des formulaires imprimés empilés, un tampon encreur et un panneau mural resté vide

La commune a franchi le pas : à compter du 1er décembre, formulaires, arrêtés et panneaux municipaux seront rédigés dans une graphie créole officielle, « respectueuse de la langue et de ceux qui la parlent ». L’annonce a été faite devant une salle comble, par un élu lisant son discours dans une version dont il avait lui-même perdu la prononciation au deuxième paragraphe.

Une commission des graphies, composée de onze membres et de trois dictionnaires, a travaillé quatorze mois pour aboutir à un alphabet de trente-deux lettres, dont quatre servent uniquement à écrire le mot « mairie ». Le rapport final reconnaît que « la graphie retenue ne correspond à aucune pratique existante », ce qui constitue, selon la majorité, « sa principale qualité scientifique ».

Sur le terrain, l’adaptation se déroule sans heurt : les usagers continuent de signer les documents sans les lire, comme avant. Les agents ont suivi une formation de deux heures intitulée « écrire ce que personne ne comprend », dispensée en visioconférence et suivie par six personnes sur quarante, les autres ayant cliqué sur le mauvais lien.

La préfecture a demandé une traduction française du premier arrêté, afin d’en vérifier la légalité. La mairie a répondu que traduire un texte officiel en français revenait à « nier la langue qu’il officialise », avant de proposer un délai de six mois, le temps de former un traducteur. Le poste a finalement été confié à un stagiaire de neuf ans, retenu pour sa pratique quotidienne.

Depuis, la commune annonce un « guichet unique de la graphie », ouvert deux matins par semaine, où les habitants déposeront leurs réclamations à condition de les écrire dans la graphie officielle. Le formulaire de réclamation est pour l’instant indisponible : il attend la relecture de la commission, qui ne parvient plus à le déchiffrer.

À lire aussi

Laisser un commentaire