Finances : Pointe-à-Pitre repasse au vert, les services techniques prennent la consigne au pied de la lettre
La ville a annoncé que ses comptes repassaient au vert, formule que personne n’avait jamais vérifiée mais qui rassure dans les dîners. Les services techniques ont appliqué la décision sans attendre d’explication complémentaire. Depuis, la commune n’a jamais été aussi verte, et personne n’a jamais été aussi peu renseigné sur son déficit.

C’est une bonne nouvelle qui s’est propagée plus vite que le communiqué : les finances de la ville repassent au vert. La formule, employée depuis des décennies dans toutes les collectivités du monde, signifie habituellement que la situation comptable s’améliore. Mais elle a été lue, mardi matin, par un agent des services techniques qui n’avait pas encore bu son café et qui dispose, lui, de trois camions de peinture et d’un devis déjà signé.
En fin de journée, la façade de l’hôtel de ville, les barrières du parvis, deux camionnettes municipales et le drapeau étaient verts. Le service des finances a précisé qu’aucun euro supplémentaire n’était entré dans les caisses, mais que le vert, dans un tableau, « reste la couleur la plus reposante pour l’œil du contribuable ». La chambre régionale des comptes, contactée, demande une nuance : le vert pomme n’est pas homologué.
Les habitants sont partagés. Certains se félicitent que la commune soit enfin « la plus verte de l’archipel », d’autres font remarquer que les nids-de-poule ont été repeints et non rebouchés, ce qui produit, selon eux, « une impression de sécurité liquide ». Un riverain assure avoir vu un agent badigeonner un panneau « sens interdit » en vert, puis repartir en marche arrière, ce qui constitue à ses yeux la première preuve tangible du redressement.
L’opposition réclame un audit indépendant. La majorité propose à la place un vote à main levée sur la teinte, estimant que le débat sur la couleur est « plus fédérateur que celui sur la dette ». Le marché a été attribué à une quincaillerie du centre-ville, retenue pour son vert « budgétaire, économe et légèrement opaque », vendu en pots de vingt litres avec un rouleau offert pour tout achat de trois.
Reste la facture : quarante mille euros de peinture, soit, selon un élu, « un déficit que l’on voit mais qui ne coûte rien à expliquer ». Pour la financer, la ville envisage de revendre la couleur à une commune voisine, qui rougit depuis deux ans sans parvenir à changer de ton. La préfecture, elle, réclame un dossier « en couleur » ; il a été déposé en noir et blanc, faute de photocopieuse en état de marche.
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