Grève des greffiers : les audiences renvoyées, les prévenus repartent avec un ticket
Faute de greffiers, le tribunal a renvoyé toutes ses affaires du jour et distribué des tickets numérotés aux justiciables. Une organisation si fluide que certains ont demandé à revenir même sans dossier.

Le tribunal correctionnel a rouvert ses portes mardi matin, mais sans greffier pour noter ce qui s’y raconte. Les seize affaires inscrites au rôle ont donc été renvoyées à une date ultérieure, elle-même renvoyée à une date ultérieure. À la sortie, les justiciables ont reçu un petit carton numéroté et l’assurance, formulée avec beaucoup de calme, que leur tour viendrait avant la fin du mandat en cours.
Dans la cour, une file s’est formée spontanément, comme un premier jour de soldes. Un monsieur venu pour une contravention de 2019 a découvert qu’il pouvait désormais prendre un ticket pour trois dossiers différents et repartir avec le sourire. « On ne juge plus, on accueille », résume un agent d’accueil, qui précise que les chaises ont été empruntées à la salle des mariages et doivent être rendues avant samedi.
Les avocats ont improvisé. Faute de greffe, l’un d’eux a proposé de dicter les débats à voix haute dans le couloir, une pratique jugée « intéressante » puis « inaudible » puis « définitive ». Un prévenu a demandé à plaider lui-même ; on lui a répondu que la procédure l’autorisait, à condition qu’il fournisse son propre tampon encreur et qu’il s’engage à ne pas abuser des pauses.
La présidence a finalement annoncé la mise en place d’un « pass justice », avec points cumulables et formule de fidélité : trois renvois donnent droit à un jugement gratuit, cinq renvois à une relaxe, et dix à une médaille. Les dossiers les plus anciens seront conservés dans une cave dont l’humidité, précise le communiqué, « vaut prescription » et permettra à terme de régler la question de l’engorgement.
À l’issue de l’audience levée à onze heures moins dix, un justiciable a demandé s’il pouvait régler son amende en tickets, puis en bons d’achat, puis en minutes de parole. La greffière absente n’ayant pu être consultée, la question a été renvoyée. Elle sera examinée le 14 juin 2031, à condition que le greffe soit rouvert, ce qui reste, dit-on, à l’étude.
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