Les sargasses obtiennent le label « produit du terroir », la filière s’organise

Longtemps considérée comme une nuisance, l’algue brune vient d’obtenir une reconnaissance officielle : les sargasses échouées entrent dans la catégorie des produits du terroir, avec à la clé une appellation à construire et une filière à structurer.

Tas d’algues brunes échouées sur une plage des Caraïbes au soleil couchant

Le dossier a été porté par un collectif de plageurs, de transformateurs et de deux thésards en biomasse, qui ont planché trois ans sur la valorisation de l’algue, avec des résultats jugés « prometteurs, notamment sur le mulching, la tisane et le matelas ».

Le syndicat professionnel prévoit une montée en gamme rapide : sargasse fraîche, sargasse demi-sèche, sargasse de garde. Un cahier des charges est en cours d’écriture, avec des critères stricts sur le taux d’humidité, l’odeur perçue à dix mètres et la présence résiduelle de gobelets en plastique.

Les industriels sont partagés. Les fabricants de briques d’isolation y voient un débouché considérable, puisqu’il suffit de ramasser ce qui arrive déjà gratuitement par la mer, tandis que les professionnels du tourisme demandent à être consultés « avant que l’on mette un panneau AOC sur la plage où ils vendent des transats ».

Les autorités sanitaires rappellent que la labellisation ne vaut pas autorisation de consommation, et qu’il ne faut pas confondre tisane de sargasse et dessert. Elles rappellent également que l’algue reste, avant tout, un motif d’avis de vigilance les jours de fortes chaleurs.

La filière vise une première récolte commerciale en février. Le président du syndicat assure que tout est prêt : « nous avons la matière première, nous avons les bras, il ne nous manque que la plage, qu’on nous a promise pour la semaine prochaine ».


Les Gwada Boys qualifiés pour le Mondial après un nul 0-0 contre la Soufrière

Il suffisait d’un point : la sélection guadeloupéenne l’a obtenu sur le terrain de la Soufrière, samedi soir, dans une rencontre fermée où les deux équipes ont surtout défendu leur position.

Terrain de football éclairé la nuit sous les tropiques avec un volcan en silhouette

Le match s’est joué à 1 467 mètres d’altitude, dans un nuage bas et une odeur de soufre qui a perturbé les relances courtes. L’arbitre a interrompu la rencontre à la 68e minute pour cause d’éruption mineure, avant de la reprendre après un temps de récupération largement applaudi par les deux camps.

La Soufrière a proposé un jeu très vertical, avec des projections chaudes dans le dos de la défense. Les Gwada Boys ont répliqué par un bloc bas parfaitement organisé, dont les statistiques retiendront qu’il n’a quasiment pas bougé de la seconde période.

Le gardien guadeloupéen, élu homme du match, a réalisé trois arrêts déterminants et un arrêt sur filet de sécurité, geste rarement observé à ce niveau. Il a dédié sa performance à son club formateur, à sa famille et à son kinésithérapeute, dans cet ordre.

La qualification arrache des scènes de liesse plus bas dans la vallée, où des automobilistes ont klaxonné jusqu’à 23 heures, prolongeant la fête sans le savoir, puisque le centre-ville était déjà bloqué depuis le match de l’après-midi.

La sélection disputera donc le Mondial. On ignore encore la composition du groupe, mais le sélectionneur a annoncé qu’il convoquerait « au moins un joueur capable de jouer sous une pluie de cendres sans perdre le ballon », ce qui laisse entendre que le poste de numéro dix reste ouvert.


La fibre optique arrive à Bouillante, mais uniquement pour les pigeons voyageurs

Après onze ans de promesses, le raccordement à la fibre est enfin effectif dans trois rues de Bouillante. Le déploiement est inauguré sous forme d’un service haut débit destiné aux pigeons voyageurs du club colombophile municipal.

Pigeon posé sur un toit en tôle à côté d’un boîtier de fibre optique, mer des Caraïbes en fond

Chaque oiseau est équipé d’une bague connectée, d’un poids de 0,8 gramme, qui transmet la position du volatile en temps réel. Le débit annoncé est de 12 Mbps par pigeon, avec une latence qualifiée de « très honorable pour un animal qui se nourrit de graines ».

Le club compte quatorze adhérents et trente-deux pigeons, dont deux qui refusent le port de la bague pour des raisons personnelles. « On n’a pas voulu les forcer, on respecte le consentement », précise le président, qui assure que les deux récalcitrants « volent toujours aussi bien, mais sans statistiques ».

L’opérateur justifie la priorité donnée aux pigeons par des considérations techniques : « ce sont les seuls utilisateurs du quartier qui ne changent jamais d’avis sur l’emplacement du point de raccordement ». Une réunion publique sur le raccordement des humains est prévue le 12 décembre, dans une salle déjà réservée depuis juin.

Les riverains, eux, attendent toujours. Un habitant de la rue principale explique avoir « découvert avec émotion que son couloir pouvait accueillir un pigeon fibré, alors que lui-même est en ADSL depuis 2009 ». Il a demandé une bague connectée, sans succès.

La mairie promet un élargissement du dispositif en 2027, avec un objectif affiché : « fibrer le reste, y compris des choses qui ne volent pas ».


Les bouchons de Pointe-à-Pitre classés au patrimoine immatériel de l’humanité

C’est une consécration : l’embouteillage du vendredi soir sur la RN1 a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, au titre des « pratiques collectives de patience organisée ».

Embouteillage vu de haut au crépuscule dans une ville tropicale bordée de palmiers

Le dossier, porté depuis huit ans par une association de riverains excédés mais organisés, a convaincu le jury par « la qualité chorégraphique de l’insertion en trois files » et « l’usage savant du klaxon comme instrument de dialogue social ».

Le classement ouvre droit à une mise en valeur touristique. Une visite guidée est déjà annoncée : départ à 17 h 30 de la sortie de la rocade, arrivée prévue à 19 h 15 au même endroit. Le tarif est de 15 euros pour 45 minutes à l’arrêt, avec un supplément pour la climatisation.

Les habitants saluent la reconnaissance de leur savoir-faire. « On ne s’entraîne pas, on est nés dedans », explique un automobiliste joint au téléphone, quelque part entre Les Abymes et Baie-Mahault, joint d’ailleurs par un autre automobiliste, qui l’avait joint lui-même au volant.

Certains regrettent tout de même le temps où l’embouteillage ne suscitait pas de visiteurs. D’autres craignent un afflux de cars de touristes qui pourrait, selon eux, « bloquer complètement la circulation, alors qu’on est déjà à un niveau satisfaisant de blocage ».

La préfecture a saisi la décision et rappelle que le classement ne vaut pas autorisation de stationner. Elle invite les visiteurs à venir à pied, en rappelant que le parking du centre-ville est de toute façon en travaux depuis 2019.


Vie chère : un collectif propose de payer en bananes, indexées sur le cours du rhum

Le collectif « Viv an nou, mais pas trop cher » a présenté ce week-end sa solution contre la vie chère : une monnaie locale adossée à la banane, dont le taux de change serait revu chaque matin en fonction du cours du rhum agricole.

Étal de marché antillais couvert de régimes de bananes jaunes et de bouteilles de rhum

Le principe est simple : une banane vaut un euro tant que le rhum reste stable. Dès que le baril de rhum prend dix centimes, la banane en prend cinq, « pour ne pas déséquilibrer le panier du consommateur », explique le trésorier du collectif, qui tient ses comptes sur un cahier de recettes à spirale.

Trois commerçants ont déjà accepté le dispositif. Un boulanger de Sainte-Anne rend la monnaie en tourments d’amour, ce qui pose des problèmes de liquidité en fin de journée. Un vendeur de bokits a demandé une dérogation pour les bananes trop mûres, « qui ne valent plus rien après 17 heures ».

Les grandes surfaces, elles, observent une certaine réserve. Une enseigne a fait savoir qu’elle ne pouvait pas « gérer un stock de bananes qui fond ». Une autre a proposé de son côté un système concurrent, basé sur le fruit à pain, jugé « plus solide sur la durée, mais difficile à couper ».

Bercy n’a pas encore réagi. Bercy, en l’occurrence, c’est le bureau de poste de Basse-Terre, où le collectif a pris l’habitude de se réunir le samedi, faute de local. Les autorités monétaires ont été contactées par courrier recommandé, sans réponse à ce jour.

En attendant la reconnaissance officielle, le collectif recommande de « garder une banane sur soi en cas d’urgence » et de ne pas la stocker près d’une source de chaleur, notamment dans une voiture garée au soleil, ce qui provoquerait une dévaluation immédiate.


La Soufrière va être déplacée de 400 mètres pour désengorger Saint-Claude

Le chantier doit démarrer juste après la saison cyclonique : le volcan, actuellement posé à 1 467 mètres d’altitude, serait reculé de 400 mètres vers le sud afin de fluidifier la circulation aux abords de Saint-Claude, selon un document que notre rédaction s’est procuré dans une boîte aux lettres.

Route de montagne au lever du jour avec un nuage accroché au volcan et des bananeraies

Le projet, baptisé « Soufrière décalée, Matouba apaisée », a été validé en commission technique mardi soir, à l’unanimité des trois personnes encore présentes. Il prévoit de déplacer le volcan par tranches de vingt mètres, chaque dimanche, entre 5 heures et 7 heures du matin, afin de ne pas gêner l’accès aux marchés.

Le déplacement sera réalisé à dos de mulets, par un groupement d’entreprises locales spécialisées dans le transport de matériaux lourds et de matériel de sonorisation. Une étude de faisabilité de 240 pages conclut que « le volcan est lourd, mais qu’il est sur roues depuis la dernière éruption, ce qui facilite grandement la manœuvre ».

Les riverains se disent partagés. Certains redoutent la poussière, d’autres espèrent enfin trouver une place devant la boulangerie. Un commerçant de la rue principale a demandé à ce que le volcan soit déplacé « un peu plus près de chez lui, mais pas trop, pour ne pas faire fuir les touristes ».

La Région financera l’opération à hauteur de 12 millions d’euros, dont 11,7 consacrés à la signalisation. Les 300 000 euros restants serviront à payer les mulets, qui ont déjà annoncé qu’ils ne travailleraient pas le lundi.

Interrogée, la Soufrière n’a pas souhaité s’exprimer. Elle a toutefois fait savoir par voie de communiqué qu’elle contesterait la décision devant le tribunal administratif, estimant être « installée là depuis bien avant la création des commissions techniques ».

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